Patrice Delbourg

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Robert Sabatier

"Il est fou, ce Patrice Delbourg ! Voilà qu’il entraîne le poème dans une accélération interdite par des codes secrets. On trouve une overdose d’alcool et de stupéfiants divers dans le sang de la phrase. Il invente la poésie supersonique lancée par les fusées du désastre. Son titre : l’Ampleur du désastre, sans doute faut-il l’interpréter. A partir du désastre, il va créer l’ampleur, la splendeur, l’amplitude. Les noms propres de notre modernité, les noms communs qui nous agressent, tous ces mots vont se heurter, lutter au couteau, faire l’amour, se défaire, éclater. La richesse du vocabulaire, pas seulement emprunté au français, nous offre un feu d’artifice qui n’a rien d’artificiel. La phrase est hachée par des blancs, des silences. Elle est drue, surprenante…
On pourrait parler de délire verbal si l’on ne voyait que tout est maîtrisé, qu’il ne s’agit pas d’une inspiration vaguement lyrique car il y a dans ce chaos déploré une sorte d’émerveillement constant…
De la démesure, certes il y en a, mais c’est la situation qui la dicte et non une conception littéraire si hardie qu’elle soit. Mesure dans la démesure. L’ego recule devant ces séismes mais nous offre au passage quoi ? Du sentiment.
Oui, car Delbourg, parmi tout cela, fait jaillir des musiques, offre au désastre en question sa partition musicale. Il appartient bien à la famille de Corbière et de Laforgue, mais Lautréamont et Rollinat ne sont pas loin. Les titres des parties du livre empruntent au cinéma : » Bande-annonce » ou » Génériques « , à la fête foraine et à la boxe : « Toboggans » ou » Demier round » et l’on va de » l’embargo sur tendresse » au « désespoir fou ». Mais pourquoi suis-je sorti de cette lecture non pas fusillé par cette mitraille de mots, mais tout réconforté parce que c’est aussi tendre, parce qu’on est dans une sorte de cirque planétaire, parce qu’on découvre une musique inattendue. Chaque lecteur recevra ce livre avec sa sensibilité propre et ses contradictions. Il se peut qu’on l’adore ou qu’on le déteste. Moi, je l’adore comme on adore ce qui ne vous ressemble pas avec la petite nostalgie de ce que l’on voudrait être. Il est fou, ce Patrice Delbourg ! Fou de poésie.

 

Max Jacob,
un drôle de paroissien


Le Castor Astral
(Janvier 2014)

 

Photo Max Jacob, un drôle de paroissien

 

Entre facétie et désespoir, entre besoin de sainteté et tentations charnelles, Max Jacob n’a cessé de promener son innocence canaille en terre de poésie. Toute son existence fut un périlleux exercice d’équilibre funambulesque. Jamais le poète ne se prit au sérieux. Mais la vie est chose rigoureuse, la mort en est l’enjeu.
Enchanteur fantasque, ami de Picasso et Apollinaire, il a passé sa vie à brouiller les pistes en une étourdissante geste serpentine. Astreint au port de l'étoile jaune, arrêté par les Allemands le 24 février 1944, il meurt d'une congestion pulmonaire au camp de la Muette, à Drancy, le 5 mars suivant.
Dans un portrait mosaïque plus qu'une biographie, Patrice Delbourg redonne vie au pince-sans-rire qui fut à la fois une nouvelle incarnation du juif errant, un archange foudroyé, un réfractaire, un homme de chair et un mystique profond, un conteur et épistolier au lyrisme ébouriffé, un fantaisiste éblouissant.